Accueil / Technologie & Médias / Plus de réseau ? Orange passe par le satellite pour vos smartphones

Plus de réseau ? Orange passe par le satellite pour vos smartphones

la guerre des fréquences entre opérateurs mobiles et satellite

Zones blanches : Orange mise sur le satellite pour garder les smartphones connectés

Lors de la présentation de ses résultats du troisième trimestre, le 27 octobre, Orange a présenté le satellite comme un complément de ses antennes, et non comme un rival. Huit jours après une alliance inédite avec Deutsche Telekom, Telefónica et Vodafone sur les fréquences spatiales européennes, l’opérateur prépare des smartphones capables de rester joignables presque partout. Reste à savoir quand.

Le message a été adressé aux analystes financiers ce mardi 27 octobre. Après la publication des comptes trimestriels, Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, a expliqué que la connectivité par satellite viendrait renforcer les réseaux mobiles du groupe plutôt que les concurrencer, en apportant de la couverture, une continuité de service et des revenus supplémentaires, selon des propos rapportés par Reuters. Une réponse directe à la question qui agite le secteur : le satellite finira-t-il par court-circuiter les opérateurs ?

Smartphone relié à un satellite de télécommunications au-dessus d’une zone sans antenne mobile

Des résultats solides, et le satellite au cœur du discours

Le contexte financier donne du poids à l’annonce. Au troisième trimestre 2026, Orange affiche un chiffre d’affaires de 12,2 milliards d’euros, en hausse de 3,6 % à base comparable. Le groupe relève son objectif de croissance d’EBITDAaL, son principal indicateur de rentabilité opérationnelle, à plus de 4,5 % pour l’année, contre plus de 4 % auparavant.

La France reste pourtant presque immobile, à +0,5 %, quand la zone Afrique et Moyen-Orient progresse de 14,2 %. Dans ce paysage, Christel Heydemann a cité parmi les faits marquants la candidature commune envisagée avec Deutsche Telekom, Telefónica et Vodafone pour les fréquences européennes réservées aux services mobiles par satellite.

Pour un opérateur historique dont le marché domestique plafonne, le satellite joue un double rôle : protéger son réseau face aux nouveaux entrants spatiaux et ouvrir des services facturables. Un virage que nos décryptages télécoms suivent depuis l’arrivée des premières offres grand public.

Direct-to-Device : comment un smartphone parle à un satellite

Le Direct-to-Device, ou D2D, désigne la capacité d’un téléphone mobile ordinaire à communiquer directement avec un satellite, sans parabole ni boîtier supplémentaire. Le satellite joue le rôle d’une antenne-relais placée en orbite : il capte le signal du smartphone, le transmet à une station au sol, qui l’achemine ensuite vers le cœur de réseau de l’opérateur.

Concrètement, lorsqu’aucune antenne terrestre n’est à portée, en montagne, en mer ou au fond d’une vallée isolée, le téléphone peut basculer sur ce lien spatial. L’abonné garde son numéro, son forfait et son interlocuteur habituel.

La technologie a toutefois ses limites. La connexion exige un ciel dégagé et une vue directe vers le satellite : elle fonctionne mal en intérieur ou sous un couvert forestier dense. Les débits restent très inférieurs à ceux de la 4G ou de la 5G. Et seuls certains modèles récents de smartphones sont compatibles. Le satellite ne remplace donc pas les antennes : il comble les trous qu’elles laissent.

En France, le satellite se limite encore aux SMS

Peut-on déjà téléphoner par satellite avec Orange en France ? Pas encore. Le seul service commercialisé est « Message Satellite », lancé le 11 décembre 2025. Orange s’est présenté comme le premier opérateur européen à proposer une offre de ce type, conçue avec Skylo, un opérateur de réseau non terrestre.

Le service permet d’envoyer et de recevoir des SMS, ainsi que sa position géographique, lorsque ni le réseau mobile ni le Wi-Fi ne sont disponibles, en France métropolitaine et dans une trentaine de pays. Il est réservé aux clients Orange 5G ou 5G+ équipés de certains Google Pixel. L’option est gratuite jusqu’au 31 décembre 2026, puis facturée 5 euros par mois. Depuis juillet 2026, Orange Business la propose aussi aux professionnels.

Pour la voix et les données, Orange a signé en mars 2026 un protocole d’accord avec l’américain AST SpaceMobile et la coentreprise Satellite Connect Europe. Des essais couvrant la voix, les SMS et les données doivent se tenir en Roumanie au second semestre 2026. Christel Heydemann qualifiait alors le D2D de « complément essentiel à nos réseaux mobiles ». Aucun calendrier de lancement commercial n’a été annoncé pour la France.

Bande 2 GHz : la bataille européenne des fréquences spatiales

Le véritable enjeu se joue à Bruxelles. Le 19 octobre 2026, Orange, Deutsche Telekom, Telefónica et Vodafone ont signé une lettre d’intention pour étudier une candidature commune aux fréquences dédiées aux services mobiles par satellite, appelées MSS (Mobile Satellite Services), dans la bande des 2 GHz.

Les quatre groupes promettent un accès ouvert et non discriminatoire à tous les opérateurs mobiles européens qui voudront proposer ces services. Le communiqué ne cite jamais Starlink, mais l’initiative est largement lue comme une réponse européenne à l’avance prise par SpaceX sur la connexion directe aux smartphones.

Un calendrier qui s’étire jusqu’à la fin de la décennie

Les licences actuelles de cette bande, détenues par Viasat et EchoStar, expirent en mai 2027. Le 27 mai 2026, la Commission européenne a adopté une proposition de règlement pour organiser leur réattribution, désormais examinée par le Parlement et le Conseil. Le texte prévoit de réserver la majorité de la bande à des opérateurs détenus ou contrôlés dans l’Union européenne.

Plusieurs points restent ouverts. La lettre d’intention n’engage pas les signataires à déposer effectivement une candidature. Aucun partenaire satellite n’a encore été choisi. Et selon le Journal du Geek, les licences actuelles pourraient être prolongées de deux ans, l’attribution des nouveaux droits n’étant pas attendue avant 2029.

Entreprises : la connectivité hybride devient un argument commercial

Pour les entreprises, la promesse dépasse le confort du randonneur. Un chantier en zone rurale, une exploitation agricole, une flotte de véhicules, un technicien de maintenance sur une ligne électrique ou un travailleur isolé ont tous besoin d’un canal de secours lorsque le réseau terrestre fait défaut.

La connectivité hybride consiste justement à combiner plusieurs réseaux, terrestres et spatiaux, avec une bascule automatique de l’un à l’autre. Elle répond à une exigence de résilience devenue centrale après les tempêtes, les coupures d’électricité ou les actes de sabotage qui ont touché des infrastructures télécoms ces dernières années.

Les objets connectés sont les premiers concernés. Balises de localisation, compteurs, capteurs environnementaux ou trackers GPS connectés transmettent de petits volumes de données, parfaitement compatibles avec les débits modestes du satellite. Pour une entreprise de logistique ou de location de matériel, perdre la trace d’un actif dans une zone blanche a un coût direct.

L’accès ouvert promis par les quatre opérateurs pourrait aussi profiter aux opérateurs mobiles virtuels, ces acteurs qui louent le réseau d’un grand opérateur pour vendre leurs propres offres. Les conditions techniques et tarifaires de cet accès restent toutefois à définir.

Ce qu’il faut surveiller d’ici 2027

Trois signaux permettront de mesurer la réalité de la promesse. Le premier est réglementaire : la version finale du règlement européen sur la bande des 2 GHz dira quelle place reviendra aux opérateurs terrestres. Le deuxième est industriel : le choix du partenaire satellite du consortium européen déterminera les performances et le calendrier. Le troisième concerne les usagers : tant que seuls quelques modèles de smartphones restent compatibles, le D2D demeurera un service de niche.

Pour les porteurs de projets, la fenêtre s’ouvre maintenant. Notre partenaire accompagne les entrepreneurs qui veulent lancer leur propre offre SIM ou eSIM en marque blanche et devenir opérateur mobile.

Les smartphones ne seront pas connectés partout dès demain. Mais pour la première fois, les grands opérateurs européens traitent le satellite comme une extension naturelle de leur réseau, et non comme une menace extérieure.

Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

BisatelPhone — Actualité : IA & Tech, Géopolitique monde
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.