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Octave Klaba et le plan Step Ahead

Data center IA

Octave Klaba et le plan Step Ahead : le virage de l’IA grand public pour OVHcloud

Octave Klaba a repris les commandes opérationnelles d’OVHcloud en octobre 2025. Le fondateur du groupe roubaisien, désormais président-directeur général, a dévoilé dans la foulée un plan stratégique baptisé Step Ahead pour la période 2026-2030. Au cœur de cette feuille de route figure une ambition longtemps absente du discours de l’hébergeur : s’adresser directement au grand public européen avec des services d’intelligence artificielle. Pour les professionnels de l’informatique, ce repositionnement d’un acteur souverain redessine le paysage des partenaires technologiques disponibles sur le continent.

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Un constat sans détour sur le retard européen

Le diagnostic posé par Octave Klaba est direct. L’Europe ne dispose pas d’un marché grand public de l’IA comparable à celui des États-Unis. Outre-Atlantique, n’importe quel particulier peut souscrire pour une vingtaine de dollars par mois à un assistant conversationnel performant. En Europe, cette offre destinée au consommateur final reste largement absente, laissant le terrain aux plateformes américaines.

Ce constat s’inscrit dans une réflexion plus large du dirigeant sur la nature même de l’intelligence artificielle. Pour Octave Klaba, l’IA était initialement perçue comme un produit supplémentaire dans le catalogue cloud. La situation a changé. Les grands modèles de langage tendent désormais à s’imposer comme une surcouche présente au-dessus de toutes les applications métier. La question pour OVHcloud n’était donc plus de savoir s’il fallait intégrer l’IA générative, mais jusqu’où remonter dans la chaîne de valeur.

Cette analyse explique le caractère offensif du plan Step Ahead. L’objectif affiché est ambitieux : une croissance annuelle à deux chiffres et un positionnement de leader européen. Le dirigeant entend capitaliser sur dix années d’investissements massifs dans les datacenters et le logiciel pour accélérer sur un marché en pleine recomposition. Le contexte financier ajoute une pression supplémentaire. OVHcloud a franchi le cap du milliard d’euros de chiffre d’affaires, mais sa croissance avait marqué le pas avant le retour de son fondateur. L’enjeu est donc double : restaurer la dynamique commerciale et saisir l’opportunité que représente la vague de l’IA générative.

De l’infrastructure aux modèles, un changement de nature

Octave Klaba et le plan Step Ahead. Pendant des années, OVHcloud a occupé une position d’infrastructure. Le groupe fournissait des serveurs, de la puissance de calcul et des environnements cloud. Les modèles d’intelligence artificielle tournaient sur ses machines, mais ils venaient en réalité d’ailleurs. Plusieurs initiatives avaient préparé le terrain : le lancement d’AI Endpoints en 2025 pour accéder à des modèles prêts à l’emploi via API, puis un partenariat avec SambaNova pour l’inférence à grande échelle.

L’acquisition annoncée en mars 2026 de la startup parisienne Dragon LLM marque une rupture. Cette société, anciennement spécialisée dans la traduction automatique pour le secteur financier, avait opéré un pivot vers les grands modèles de langage. Avec ce rachat, OVHcloud ne se contente plus d’héberger l’IA des autres. Le groupe entend développer ses propres modèles, dans une logique d’autonomie technologique européenne.

À cette brique de modèles s’ajoutent des outils déjà présentés lors du sommet annuel du groupe. OVHcloud mise sur l’IA agentique avec son assistant conversationnel et un agent de codage open source conçu pour s’exécuter en local. Le groupe a également lancé un programme d’accompagnement des éditeurs de logiciels, destiné à les aider à intégrer l’IA agentique dans leurs solutions. La vision du dirigeant est claire : le modèle SaaS classique tend à devenir le socle technique de couches d’IA superposées.

Sécurité plutôt que souveraineté, un argument pragmatique

Interrogé sur la souveraineté, Octave Klaba apporte une nuance révélatrice de sa stratégie commerciale. Selon lui, ce qui intéresse réellement les entreprises n’est pas tant la souveraineté en tant que principe abstrait, mais la sécurité concrète de leurs données et de leurs systèmes. OVHcloud met ainsi en avant la qualification SecNumCloud comme argument différenciant face aux hyperscalers américains.

Ce positionnement résonne particulièrement à un moment où la dépendance aux fournisseurs technologiques extraeuropéens fait l’objet de débats nourris. Les ruptures d’accès, les contraintes réglementaires changeantes et les incertitudes géopolitiques ont sensibilisé de nombreuses organisations à la valeur d’un ancrage local. Un fournisseur dont l’infrastructure et les obligations juridiques relèvent du droit européen offre une prévisibilité que les acteurs américains ne peuvent pas toujours garantir.

Le pragmatisme d’Octave Klaba se retrouve aussi dans sa stratégie d’investissement. Plutôt que de se lancer dans une course effrénée aux processeurs graphiques, le dirigeant privilégie une approche centrée sur l’inférence rentable et l’optimisation énergétique. Cette singularité distingue OVHcloud des néoclouds qui misent tout sur l’accumulation de capacité de calcul. Le dirigeant assume d’ailleurs une certaine prudence financière, reconnaissant publiquement qu’il ne dispose pas de la preuve qu’une course aux infrastructures de calcul serait rentable sur le long terme. Cette franchise tranche avec l’enthousiasme parfois débridé d’un secteur où les annonces d’investissements colossaux se succèdent.

Des opportunités pour les revendeurs et intégrateurs locaux

Pour les professionnels de l’informatique, le virage d’OVHcloud vers l’IA grand public ouvre des perspectives concrètes. Un acteur européen de cette envergure proposant des modèles, des assistants et des plateformes accessibles élargit la palette des solutions intégrables dans une offre de services locale. Les intégrateurs et revendeurs peuvent ainsi proposer à leurs clients des alternatives crédibles aux outils américains, avec un argument de conformité réglementaire de plus en plus recherché.

Ce mouvement s’inscrit dans une tendance de fond. La diversification vers des revenus récurrents, qu’il s’agisse de services cloud, de connectivité ou de solutions d’IA, devient un levier de croissance pour les structures informatiques de proximité. Les opérateurs en marque blanche illustrent cette logique : ils permettent à un revendeur de bâtir une offre à son nom en s’appuyant sur une infrastructure mutualisée. Dans les télécoms, des acteurs comme Bisatel Telecom appliquent ce modèle à la connectivité mobile et IoT, avec des plateformes conformes au cadre européen.

Le plan Step Ahead n’en est qu’à ses débuts et son exécution déterminera sa portée réelle. Il témoigne néanmoins d’une conviction partagée par un nombre croissant d’acteurs : l’avenir des services numériques européens passe par une maîtrise accrue de la chaîne technologique, des infrastructures jusqu’aux usages destinés au public final.

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